Beaucoup d'amateurs voient en la CCD l'outil universel qui résoudra tous les problèmes. La réalité est tout autre et nombreuses sont le désillusions. Bien sûr l'imagerie numérique offre des ouvertures extraordinaires mais seul une bonne maîtrise du matériel permet dans extraire la moelle.
Essayer de ne rien négliger :
Lorsque l'on désire faire une séance photo (que ce soit ccd ou argentique) il est souvent irritant de voir ses résultats limités par un manque de préparation parfois évident. Pour illustration, je prendrais la magnifique éclipse de soleil qui traversa la France en 1999. Combien d'entre nous ont tout simplement oublié de retirer leur filtre pleine ouverture au moment magique de la totalité. Et pourtant ils continuaient à photographier une éclipse totale... ...ment invisible pour leur pellicule. Pour cette occasion on mettra ça sur le compte de l'émotion. N'est ce pas Fred?
Prendre l'habitude d'une bonne méthodologie de travail et d'installation est donc primordiale pour acquérir les automatismes qui font que tout devient facile et intuitif au fil des soirées.
Installation de la monture :
L'installation de la monture et de son instrument est souvent la phase la plus rapide mais elle nécessite une attention toute particulière pour la photographie. Voici, donc quelques petits conseils tout bêtes qui permettent d'optimiser les performances de l'installation.
Commençons par une règle de base. Si l'on dispose d'un trépied réglable, celui-ci doit toujours être au plus bas de manière à abaisser au maximum le centre de gravité et offrir une robustesse optimale. Du coup la monture sera moins sensible aux vibrations.
Pour les utilisateurs de viseur polaires qui veulent éviter tout résidu de dérive en déclinaison, il suffit de réaliser 2 mises en station avec le viseur polaire dans un intervalle d'environ 1/4 d'heure à 20 minutes. Cela permet d'affiner la mise en station et de la rendre irréprochable (si le viseur est bien calibré évidement). J'utilise cette méthode pour tous mes travaux ccd et je dois avouer qu'elle à fait ses preuves depuis longtemps.
Pour optimiser l'erreur périodique, Il est souhaitable de légèrement déséquilibrer l'axe d'ascension droite lorsqu'on fait de la prise de vue. Cela permet de toujours plaquer la vis sans fin contre la roue dentée de l'axe d'entraînement. On obtient ainsi une erreur périodique plus régulière (donc plus facile à corriger) et on évite un éventuel basculement lors du passage au méridien.
Mise en condition de l'instrument :
Une fois notre instrument bien installé, il faut maintenant laisser le système optique stabiliser sa température. Bien souvent, nous stockons nos instruments dans des lieux dont la température ambiante est plus élevée qu'à l'extérieur (choque thermique de plusieurs dizaines de degrés). Cela n'est pas forcément un mal car dans la pratique cela évite l'humidité qui ronge souvent les optiques des observatoires situés sous nos latitudes.
Par contre, une fois dehors, la température de l'instrument génère des perturbations à l'intérieur même du tube. Visuellement, cela se traduit par des images de qualité médiocre qui ondulent abominablement. Si l'on défocalise l'image d'une étoile, on voit qu'elle se déforme d'un côté (c'est l'air chaud qui monte). On appelle cela l'effet cheminée. Au fur et à mesure que les minutes passent la qualité s'améliore mais il faudra souvent près d'une heure à un 200mm pour offrir ses pleines performances. Pour accélérer la mise en température si l'on utilise un tube ouvert (Newton, Cassegrain...), on peut diriger le télescope vers le zénith . L'air "chaud" va alors s'échapper plus vite et la température des miroirs va suivre. Il serait fort déplacé de prendre ce problème à la légère car en astrophotographie planétaire les forts grossissements rendent ce facteur très critique. Pour le ciel profond, le problème se pose moins car les grossissements mis en oeuvre sont plus réduits. Les instruments à tube fermés (Lunettes, Schmidt-Cassegrains, Maksutov...) sont moins sensibles à ce phénomène car la circulation de l'air est plus limitée mais il leur faudra aussi une bonne mise en température pour obtenir des performances optimales.
La mise en place de la caméra :
Lors de la mise en place de la caméra, il faut essayer de faire en sorte que l'axe d'ascension droite suive l'horizontale de l'image. La déclinaison suivra alors l'axe vertical. Ce conseil n'est valable que pour des montures équatoriales( pas de rotation de champ) et permet de travailler de manière plus intuitive lors du cadrage de l'objet visé sur l'écran de l'ordinateur.
En planétaire, on pourra avantageusement agrandir l'image avec une bonne barlow 2x ou 3x, voir même s'aider d'un miroir basculant( flip miror) pour le centrage de l'objet. Sur la photo ci-dessus on peut voir le système de miroir basculant Meade et une bague d'adaptation( faite maison par un ami) permettant son montage sur les instruments Takahashi.
En ciel profond, les choses sont plus délicates. Pour obtenir un bon champ et plus de luminosité, il est souvent nécessaire d'utiliser un réducteur de focale. Malheureusement, ces accessoires ont la particularité de réduire le tirage de l'instrument. Du coup, inutile d'espérer pouvoir intercaler un miroir basculant pour aider au cadrage en ciel profond.
La mise au point :
Cette phase est certainement l'une des plus critiques car elle va conditionner la qualité des images obtenues tout autant que la bonne qualité du ciel. En fonction du type de clichés la méthode peut différer.
Pour le ciel profond, on pourra effectuer une seule mise au point pour la soirée( en supposant qu'on conserve la même configuration optique). Différentes méthodes s'offrent à nous. Certains se font aider par des logiciels qui analysent l'image d'une étoile pour en extraire l'allure lumineuse par la tranche (FWHM). Personnellement, j'utilise des optiques de type Cassegrain ou Newton qui ont cette particularité de générer ces aigrettes si esthétiques sur les étoiles des clichés en ciel profond.
Chose que l'on sait moins, c'est que ces mêmes aigrettes sont dédoublées lorsqu'on est en intra ou extra-focale. Du coup, il est très facile d'utiliser ce dédoublement pour bien dégrossir la mise au point avec des poses courtes (1 ou 2 secondes) sur une étoile brillante. Une fois ce travail fait, il ne nous reste plus qu'à affiner avec des poses plus longues( 30 secondes à 1 minute) pour s'assurer que les étoiles en bord de champ sont bien ponctuelles( pas d'effet de coma induit par une mise au point trop grossière).
En planétaire, on ne peut généralement pas faire une seule mise au point pour la soirée. Comme nous travaillons avec des grossissements élevés, la mise au point est plus critique et varie avec différents facteurs comme :
-L'élévation de l'objet dans le ciel qui fait que l'atmosphère est plus ou moins dense.-L'évolution de la turbulence atmosphérique.-L'évolution de la température du télescope.Pour ces mêmes raisons, il est fortement recommandé de faire sa mise au point directement sur l'objet à photographier. Pour faciliter le travail, on pourra s'aider avec des sources ponctuelles comme les satellites de la planète visée. Sur la Lune, les forts contrastes faciliterons encore plus les choses.
Pendant la séance de prise de vue, il sera nécessaire de réviser régulièrement la mise au point pour essayer d'améliorer la qualité de la focalisation. A ce stade, seul le bon jugement de l'astronome pourra faire la différence.
Bonne chance et patience...